Comme il faut, c’est tout faux!…

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Mots clés : norme/pédagogie/ image du corps/ société/autonomie

 

Apprendre sans imiter, sans avoir pour modèle l’enseignant, ni pour référence la façon dont il exécute les mouvements : voici un des enjeux, et une des modalités de la méthode Feldenkrais.

Sortir des modèles est un des principes de la méthode Feldenkrais.

Que se passe-t-il dès qu’on regarde faire ? Que ce soit voulu ou pas, dès que l’on regarde on se projette dans l’autre ; on cherche la validation dans le regard du professeur, du “sachant”. Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je fais comme il faut ? Notre autonomie dans la connaissance de notre corps, et de notre fonctionnement /comportement[1] s’en trouve altérée.

Réciproquement, avec le regard, l’enseignant devient un miroir projeté : sa propre façon de faire se reflète dans la manière dont les élèves font le mouvement. Si cela peut être un cercle vertueux où chacun cherche à s’améliorer, cela peut être un piège : de la tension à faire selon le modèle s’installe, de l’obéissance à des représentations, une volonté d’être dans la « bonne forme » s’exprime.

Ces « comme il faut » sont liés à nos schémas socio-culturels, à nos croyances[2].  Peut-on échapper à ceux-ci lorsque le guidage des séances est fait par les indications verbales du praticien, de la praticienne, où la démonstration est absente ? Si le, la praticienne est vigilante : oui ; car il, elle peut guider cette liberté de regard sur soi. Et à la fois non car le langage peut sous-entendre des « comme il faut ».

Alors quels seraient ces « comme il faut » en Feldenkrais : les processus des séances sont fabriqués autour des fonctions de mouvements comme la rotation, l’extension, la flexion latérale, ou disons-le ainsi comme rouler, pousser, être debout, marcher, s’asseoir, se relever du sol, se retourner, regarder – la vie quoi ! – et c’est notre patrimoine universel ; l’amélioration fonctionnelle est alors sous-tendue par l’universalité de la relation fonction/anatomie.

Et pour autant, chacun, chacune est un monde à part entière ; chaque individu a sa signature, cette façon si particulière d’être en relation à l’environnement[3]. Découvrir et développer la relation à soi, la perception de son corps, affiner les sensations participent de la connaissance profonde.

Et ainsi en se défaisant des attentes qu’on s’impose, en sortant du normatif, on peut s’inventer.

Nathalie Touaty – praticienne Feldenkrais – Marseille, le 25 /09/2018

[1] Par comportement j’entends la compréhension des efforts et tensions qu’on met dans une action, et ce que nous engageons comme émotion ou attente.

[2] Par croyance, j’entends les façons dont nos parents nous ont éduqués et potentiellement transmis quelques concepts et idées auxquels on tient. Ceux-ci peuvent être d’ordre émotionnels

[3] Par environnement, j’entends les autres, le paysage, les objets, le métier, et la relation gravitaire